Première femme noire à intégrer la direction de la Banque d’Angleterre, Afua Kyei est devenue en quelques années l’une des figures les plus influentes de la finance britannique. À la tête des finances de l’institution depuis 2019, elle pilote la modernisation d’une organisation vieille de plus de trois siècles tout en supervisant un bilan qui a dépassé 1 000 milliards de livres pendant la pandémie. Son parcours illustre l’évolution du rôle des directeurs financiers dans les grandes institutions publiques.
D’Oxford à la City : un parcours atypique
Rien ne destinait forcément Afua Kyei à devenir l’une des personnalités les plus en vue de la finance britannique. Née à Londres de parents ghanéens, elle étudie d’abord la chimie à Oxford avant d’effectuer un passage par l’Université de Princeton. Elle se réoriente ensuite vers la finance et obtient son diplôme d’expert-comptable chez Ernst & Young.
Après des expériences chez UBS durant la crise financière puis chez Barclays, où elle participe à d’importants programmes de transformation et de réduction des coûts, elle rejoint la Banque d’Angleterre en 2019 à seulement 36 ans. Elle devient alors la première dirigeante noire de l’histoire de l’institution.
Aux commandes d’un bilan hors normes
Le poste de directeur financier d’une banque centrale n’a rien à voir avec celui d’une entreprise classique.
Depuis son arrivée, Afua Kyei supervise la gouvernance financière du bilan de la Banque d’Angleterre, dont la taille a fortement augmenté à la suite des programmes d’assouplissement quantitatif (QE), des mesures de soutien pendant la pandémie et des différents mécanismes de stabilisation financière. À son pic, ce bilan a dépassé 1 000 milliards de livres sterling.
Son rôle consiste non seulement à garantir la solidité financière de l’institution, mais aussi à assurer que l’argent public soit utilisé efficacement, dans un contexte où la banque centrale doit répondre à des exigences croissantes de transparence et de responsabilité.
La transformation comme fil conducteur
L’un des aspects les plus remarqués de son mandat est sa volonté de moderniser la Banque d’Angleterre.
Dans un discours prononcé début 2026, Afua Kyei a détaillé une stratégie reposant sur quatre piliers : la gestion du bilan, le financement, l’innovation numérique et le développement des compétences. L’objectif est clair : préparer l’institution aux défis technologiques et financiers des prochaines décennies.
Parmi les chantiers majeurs figure notamment la modernisation du système britannique de règlement brut en temps réel (RTGS), infrastructure essentielle qui traite chaque jour plusieurs centaines de milliards de livres de transactions.
Une nouvelle génération de dirigeants financiers
Au-delà de ses compétences techniques, Afua Kyei incarne une évolution du métier de directeur financier.
Aujourd’hui, les CFO ne sont plus seulement des gardiens des comptes. Ils participent à la stratégie, à la transformation numérique, à la gestion des risques et à la gouvernance des organisations. À la Banque d’Angleterre, elle supervise d’ailleurs les finances, la stratégie, la performance et la fiscalité.
Cette vision lui a valu de nombreuses distinctions, dont le titre de CFO de l’année au Royaume-Uni et une place au sommet du Powerlist 2026, qui recense les personnalités noires les plus influentes du pays.
Pourquoi les financiers s’intéressent à Afua Kyei
Dans un monde où les banques centrales jouent un rôle de plus en plus important dans la stabilité économique, le travail d’Afua Kyei montre que la performance financière ne se limite plus aux chiffres. Elle repose aussi sur la capacité à moderniser les institutions, à gérer des risques systémiques et à préparer l’avenir.
Une mission discrète, mais essentielle pour le bon fonctionnement de l’économie britannique.
Photo : bbci.co.uk


