Chaque début d’année, le même refrain revient dans les cercles financiers : « janvier donne le ton de l’année ». Derrière cette idée se cache le January Effect, une anomalie de marché selon laquelle les actions – en particulier les petites capitalisations – surperforment systématiquement en janvier. Mais en 2025, ce phénomène a-t-il encore une réalité statistique, ou n’est-il plus qu’un mythe entretenu par la tradition financière ?
Aux origines du January Effect
Le January Effect a été identifié dans les années 1970 par des chercheurs en finance qui ont observé que les rendements boursiers de janvier étaient, en moyenne, supérieurs à ceux des autres mois. L’explication la plus courante repose sur des comportements fiscaux : en fin d’année, les investisseurs vendraient des titres en perte pour optimiser leur fiscalité, avant de les racheter en janvier, provoquant mécaniquement une hausse des prix.
À cela s’ajoutent d’autres facteurs : réinvestissement des primes de fin d’année, réallocation de portefeuilles par les gestionnaires institutionnels, ou encore regain d’optimisme lié au « nouvel an économique ».
Ce que disent les données récentes
Si le January Effect a été statistiquement significatif sur une grande partie du XXᵉ siècle, sa robustesse s’est érodée depuis les années 2000. Plusieurs études montrent que l’avantage de janvier s’est réduit, voire déplacé vers la fin décembre ou les premiers jours de l’année.
Sur les grands indices comme le S&P 500, janvier n’est plus systématiquement le meilleur mois. Certaines années, il s’est même révélé négatif, contredisant l’idée d’un schéma récurrent. En revanche, l’effet reste plus visible sur les small caps, notamment aux États-Unis, même si son ampleur est nettement plus faible qu’autrefois.
Pourquoi l’effet s’estompe
La finance moderne n’aime pas les anomalies persistantes. Une fois identifiées, elles ont tendance à disparaître, car les investisseurs cherchent à les exploiter. Le January Effect n’échappe pas à cette logique. La démocratisation de l’information financière, l’essor du trading algorithmique et la globalisation des marchés ont largement réduit les inefficiences saisonnières.
Par ailleurs, les règles fiscales ont évolué dans de nombreux pays, diminuant l’impact des ventes motivées par l’optimisation fiscale. Les flux d’investissement sont aussi devenus plus continus, moins concentrés sur un seul mois.
Alors, mythe ou réalité en 2025 ?
En 2025, le January Effect n’a pas totalement disparu, mais il ne peut plus être considéré comme une stratégie d’investissement fiable à lui seul. Il s’agit davantage d’une tendance historique affaiblie, parfois observable sur certains segments de marché, que d’une règle universelle.
Pour les investisseurs, janvier reste néanmoins un mois clé, non pas pour une supposée magie statistique, mais parce qu’il marque un moment de décisions stratégiques majeures : arbitrages de portefeuilles, nouvelles allocations, réévaluation des risques macroéconomiques.
Le January Effect, en 2025, relève moins d’une anomalie exploitable que d’un repère culturel et psychologique des marchés financiers. Il rappelle surtout une chose essentielle : en finance, aucune régularité n’est éternelle. Les données historiques sont utiles pour comprendre les comportements, mais insuffisantes pour prédire l’avenir. Plus que le mois de janvier, ce sont la discipline, la diversification et la vision long terme qui continuent de faire la différence.
Photos : heconomist.ch –


